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Les frontières - 3 "must-read" sur le sujet

  • 5 mai 2016
  • 3 min de lecture

Les frontières mondialisées par Sabine Dullin & Étienne Forestier-Peyrat

Ce nouveau livre de la collection Vie des idées-Puf propose une réflexion sur les mutations du système contemporain des frontières à l’heure de la mondialisation.

Les frontières concentrent les paradoxes de la mondialisation : alors que leur déclin semblait programmé après la fin de la Guerre froide, l’intensification contemporaine des circulations et échanges s’accommode pleinement de régimes de renforcement des frontières. Les frontières deviennent des territoires où s’opère le tri entre flux désirables et indésirables, entre biens et hommes, à travers des dispositifs physiques ou administratifs dont les murs sont l’aspect le plus visible. Inscrits dans des zones frontalières au service des États, ils font aussi l’objet de subversions. L’espace frontalier se fait aisément "zone grise" et interstice échappant aux pouvoirs installés. La profondeur historique permet de mieux saisir les conflits actuels qui se nouent autour de cette forme politique en renouvellement perpétuel.

Shatterzone of Empires. Coexistence and Violence in the German, Habsburg, Russian and Ottoman Borderlands par Omer Bartov, Eric D. Weitz

Le terme de shatterzone, employé par les géologues pour désigner une bande rocheuse fissurée susceptible de contenir du minerai, est utilisé depuis la deuxième guerre mondiale par la géographie politique : il désigne alors les zones de frontière, en particulier celles caractérisées par d’importants déplacements de population. Un collectif récent explore les enjeux de telles zones.

Qu’est-ce que la shatterzone of empires, « zone de friction des empires » ? Sous ce nom, l’ouvrage collectif dirigé par Omer Bartov et Eric Weitz désigne un vaste espace en forme d’arc de cercle, aux confins des quatre grands empires continentaux de l’Europe contemporaine (Reich allemand, Autriche-Hongrie, Russie et Empire ottoman). Il court de la Baltique au Caucase et englobe la majeure partie de l’Europe centrale, des Balkans et de l’Anatolie. Jusqu’au XIXe siècle, la shatterzone apparaît comme un lieu de mixité religieuse, culturelle, ethnique et politique. Cependant, la transformation et la crise de ces structures impériales multiethniques, qui s’amorce selon les auteurs autour de 1848, font d’elle l’espace privilégié des violences de masse en Europe dans la première moitié du XXe siècle. C’est ce lien entre sortie d’empire et violences de masse que s’est proposé d’étudier, de 2003 à 2007, un programme transatlantique de recherche coordonné par le Watson Institute for International Studies et dont le présent ouvrage est le résultat.

Xénophobie business. À quoi servent les contrôles migratoires ? par Claire Rodier

Le drame de Lampedusa a jeté une lumière crue sur les effets du contrôle des frontières, que l'Europe externalise et privatise afin d'opacifier les responsabilités et d'entretenir un marché de la peur. Claire Rodier révèle les implications idéologiques et économiques de ce phénomène, et ses effets pervers.

Au delà des recherches sociologiques dans le champ espace-frontière, Claire Rodier, juriste au Gisti (groupe d’information et de soutien aux immigrés) et cofondatrice du réseau euro-africain Migreurop, révèle les liens tacites entre l’économie, la géopolitique, l’idéologie et les contrôles migratoires. Ces derniers sont analysés à l’aune de la mondialisation, à l’heure où la mobilité internationale est plus forte que jamais ; troublant paradoxe, constate l’auteure, puisque les techniques modernes de télécommunication ont complètement pulvérisé l’effet-distance et fait disparaître un certain nombre d’attributs des frontières. L’auteure étudie ces contrôles d’une manière scientifique malgré engagement militant au GISTI (groupe d’information et de soutien aux immigrés). Le propos du livre va au delà de la dénonciation, mais cherche à rendre compte des mécanismes et enjeux qui se cachent derrière les contrôles des frontières. Les contrôles migratoires sont en nette progression tandis que depuis les années 1960, le nombre de migrants a triplé à travers la planète. Les barrières qui sont dressées face à eux sont à la fois réglementaires (visas), physiques (murs) et virtuelles (radars, capteurs de mouvements). C. Rodier explique les dispositifs de contrôle de la manière suivante : « tout se passe comme si, au lieu d’apporter la sécurité promise, chaque nouveau dispositif de contrôle mis en place n’avait pour utilité que de révéler les failles et les lacunes des précédents, et pour finalité de justifier les suivants » . Au niveau méthodologique, l’accès à des données chiffrées fiables est complexe en raison de la charge idéologique qui pèse sur les questions migratoires. Le recensement des décès fait par les ONG est, à ce jour, la seule source disponible pour prendre la mesure d’un phénomène qui s’amplifie à mesure que les contrôles se durcissent. L’auteure appelle à la constitution de données sur les incidences économiques de l’enfermement.

 
 
 

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